Oh! je ne fus pas long à avoir raison du verrou. J'avais pris mes précautions. J'introduisis un petit ciseau ad hoc dans la rainure de la porte, et lorsque j'eus trouvé exactement la place où était ce verrou, je fis pénétrer mon ciseau de façon à ce qu'il touchât le plat du verrou; et, alors, par une série de petits mouvements, faisant levier, je repoussai le verrou dans sa gâche. Je n'étais pas fatigué; car ce travail n'avait exigé aucun effort, et cependant mon front ruisselait de sueur.
Mais courage! Je ne suis pas ici pour m'arrêter à des détails de cette nature. Je pousse la porte lentement. Car je crains encore que les gonds ne soient rouillés. Au contraire, ils glissent comme s'ils étaient posés sur une rondelle de velours.
Où suis-je? l'obscurité est profonde. Ah! ma lanterne. C'est une vaste pièce, toute revêtue de vieux chêne, sombre et noir. Deux fenêtres. Ceci me rassure. Je n'ai pas besoin d'aller plus loin. Mais, avant tout, une précaution. Comment pénètre-t-on de cette pièce dans celle qui se trouve plus loin. Je promène ma lanterne sur la muraille. Nulle ouverture visible, pas de porte. C'est étrange, en vérité.
Voyons l'ameublement. Auprès de la porte par laquelle je suis entré, une alcôve, un lit de chêne, vieille forme, à baldaquin. Des rideaux en tapisserie, avec une chasse qui court et grimace. Le lit est défait. Comment cela? Quelqu'un couche-t-il donc ici? Mais non. Je les soulève, et la poussière forme une raie brune justement à l'endroit où ils se séparent.
Personne ne couche là, actuellement. La chose est claire. Mais pourquoi ce lit n'a-t-il pas été remis en état? et depuis combien de temps?
Depuis combien de temps Golding et ses amis se réunissent-ils là? Il me semble que ces deux circonstances doivent se rattacher l'une à l'autre.
Procédons rapidement à notre examen.
En face de la porte par laquelle je suis entré, un immense bahut de chêne. Ah! il est plus haut que cette porte. Qui me dit qu'il n'a pas été placé là exprès pour condamner l'issue que je cherche? Il faudra que je trouve le moyen de vérifier cette supposition. Les fenêtres? fermées d'épais volets, recouverts de rideaux en tapisserie. Bien. Quelques chaises, des escabeaux. Un bureau dans un coin, et c'est tout. De la poussière, beaucoup de poussière. On n'entre jamais ici. Ceci ne fait plus de doute.
Mais j'entends du bruit. Oui, c'est bien la grille du parc qui tourne et grince. Pas un moment à perdre. Je vais à la porte, je la referme, je pousse le verrou, puis je tourne le ressort de ma lanterne. Plus rien, plus une lueur. Je suis seul, nul ne sait que je suis ici. Oh! comme il fait sombre!