Contre la porte que je ne pouvais pas voir et qui donnait accès dans la pièce où je me trouvais, porte qui, on s'en souvient, était obstruée par le bahut sur lequel j'avais dû me percher… Ces hommes qui n'avaient pas prononcé une seule parole, semblent retrouver la voix:
—Tu n'iras pas seul, hurlent-ils.
Et ils s'élancent sur Golding. La porte s'ébranle, elle s'ouvre. Les voilà derrière le bahut, qui s'arc-boutent de leurs épaules… tous trois. Le poids est lourd, formidable, mais deux fois déjà le bahut s'est écarté de la cloison, et j'ai vu—oh! bien vu—leurs fronts pâles et leurs yeux hagards… leurs yeux surtout, avec des lueurs sinistres…
J'ai eu peur! Eh bien! après? Il m'a semblé que je sentais dans mes entrailles ces ongles qui labouraient tout à l'heure les portes. J'ai bondi en bas du meuble… ma lanterne tombe dans le choc. Où est-elle? Je ne puis songer à la retrouver. Vite! le verrou!
Malédiction! pourquoi l'ai-je fermé? je ne puis le retrouver… Le bahut s'ébranle, recule, il laisse passer une lueur, une traînée, et dans ce reflet, je vois déjà un bras qui passe… Oh! s'il me tenait!
Ah! ce verrou, le voilà. Il résiste, je suis si troublé… je l'ouvre! je saute dans l'escalier. Au même instant, le bahut se renverse avec un bruit épouvantable… ils ont entendu quelque chose. J'entends leurs voix:
—Il est là! Il est là!
Qui? Il? de qui veulent-ils parler? Après tout, peu m'importe. J'ai l'avance, n'est-il pas vrai? Mais ils vont vite; au moment où j'arrive en bas de l'escalier, je les entends qui roulent le long des marches… Par où m'en irai-je? Par le diable! Je n'ai plus mon échelle de corde!
Je cours à travers le parc.
Ils m'ont vu… et les trois démons s'élancent à ma poursuite. Oh! quelle course! Et il n'y a qu'un quart de mille. Je ne touchais pas terre… si j'avais pu me jeter de côté dans quelque fourré. Mais la lune tombe en plein sur le parc. Mon ombre me trahirait partout et toujours. Comme je fuis vite! Mais ils ne sont plus qu'à dix yards de moi, je passe devant la chapelle blanche… Voici le mur.