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«Hier, lit-on dans le New-York Advertiser, un crime horrible a été commis dans la Lunatic Asylum du docteur Gresham. L'honorable M. Golding a été assassiné par son voisin de cellule, M. X., dans un accès de folie furieuse. L'insensé l'a tué à coups de couteau dans le crâne. Quant à M. X., il est mort presque immédiatement dans des convulsions tétaniques. Le coroner a rendu un verdict de double décès par suite d'actes inconscients résultant d'aliénation mentale.»

FIN DES FOUS

LE CLOU

Nul ne peut nier qu'il se manifeste entre les êtres vivants, alors que les hasards de la vie les mettent en présence les uns des autres, des influences inhérentes à leur nature, et qui se traduisent soit par une attraction, soit au contraire par une répulsion involontaires. C'est ce qu'on désigne vulgairement par les mots sympathie et antipathie. Mais il est à remarquer que ces manifestations présentent, selon les individus, de notables différences, quant à leur valeur ou à leur intensité. La bienveillance de certains caractères peut—et cela se voit souvent—développer chez un individu une trop grande facilité de sympathisation qui l'entraîne vers les inconnus conduits sur son chemin par les accidents de l'existence; au contraire, certains caractères dits malheureux, malveillants, ont pour premier principe la défiance et montrent à tout nouveau venu une singulière antipathie, sans motif concevable. Ce sont là des extrêmes, malheureusement trop fréquents. Mais il faut reconnaître que les sentiments, naissant ainsi dans ces caractères de premier mouvement, sont mobiles et cèdent au bout de très peu de temps à la fréquentation et à une connaissance plus complète de ceux qui en sont l'objet.

Chez quelques personnes privilégiées—et c'est de celles-là qu'il faut ici parler—les sentiments sympathiques ou antipathiques se développent, non pas en raison de la nature même de celui qui les éprouve, mais au contraire en raison de la nature de celui qui les inspire.

Maurice Parent—un de mes collègues du ministère de…—se trouvait dans ce dernier cas. Ce n'était pas un homme de parti pris; il n'était par nature ni bienveillant ni malveillant; en général, à première rencontre, il était froid, mais sans sécheresse; poli, mais sans affectation. Ne se livrant pas du premier coup, il semblait attendre que quelque circonstance guidât son choix. En résumé, serviable et aimable, nul ne rendait plus obligeamment un service; et si ses véritables amis n'étaient pas aussi nombreux que le sont ceux des hommes qui donnent ce titre à toutes leurs connaissances, du moins la société qu'il s'était choisie formait-elle un véritable cercle d'affection et de dévouement.

Avec ce caractère, on comprend que, de la part de Maurice, les manifestations de sympathie ou d'antipathie à première vue avaient d'autant plus de valeur qu'elles étaient plus rares: elles procédaient évidemment d'une influence à laquelle Maurice obéissait, sans que sa volonté en fût complice; il subissait une coercition intime, alors que, contre sa manière d'agir ordinaire, il témoignait clairement qu'une attraction ou une répulsion se produisait en lui à l'égard d'un étranger.

En somme, j'avais reconnu pendant longtemps que ces manifestations, d'ailleurs, je le répète, fort rares, se trouvaient d'ordinaire justifiées par les circonstances ultérieures. La première fois que Maurice m'avait vu, il m'avait tendu la main; et j'ose dire qu'il avait été bien inspiré. Car jamais amis ne furent plus intimes et ne méritèrent mieux l'un de l'autre. Ainsi pour quelques autres. Au contraire, il m'était arrivé de me lier précipitamment avec des hommes que Maurice avait accueillis froidement, durement même, qu'il avait toujours évités, en dépit de mes instances. Et j'avais dû reconnaître que son instinct ne l'avait pas trompé. De ces hommes, j'avais toujours eu à me plaindre, de quelques-uns même très gravement.

Je m'étais donc habitué à suivre ses avis et m'en étais bien trouvé. Cependant, en un point, nous n'avions pu tomber d'accord, et je dois faire une exception en ce qui concerne une troisième personne, Charles Lambert, qui, avec Maurice et moi, travaillait au même ministère—même division—même bureau et même pièce.