—Ainsi, demanda Maurice, continuant une conversation précédemment commencée, les pauvres enfants se sont mis en ménage sans patrimoine?

—Hélas! oui, monsieur, répondit Mme Gérard, il y a de cela six ans maintenant. Mais voici le plus cruel. Mon mari avait un ami intime, que j'appellerais presque un frère. Cet ami lui avait formellement promis qu'à sa mort il laisserait sa petite fortune à notre fille. Mon mari mourut le premier; son ami me répéta sa promesse; et quand le mariage se fit, je comptais pour mes chers enfants sur cet héritage plus ou moins prochain. Mais un accident amena la mort de cet ami, et…

—Et il n'avait pas fait de testament, acheva Maurice.

—En effet. Vous savez que ce sont là des choses qu'on remet toujours au lendemain. C'est une faiblesse qu'il est bien difficile de blâmer…

—Si bien que cette dot, sur laquelle pouvait compter Lambert, s'évanouit tout à coup…

—Oh! il ne se plaignit pas. Il se mit au travail avec courage et persévérance. Du reste, vous savez aussi bien que moi la façon dont il se conduit… C'est un coeur d'or.

—Et quel était le chiffre de cette petite fortune?

—Une centaine de mille francs. Mais, entre les mains de Lambert, ce fût devenu une véritable fortune; car il est bien intelligent, monsieur, et si vous l'aviez entendu expliquer ses plans…

—Avant le désastre, bien entendu.

—Certainement. Depuis il n'en a plus parlé.