Il venait avec son confrère, enlever successivement de la voiture les objets qu'elle renfermait: c'était un assez long travail, car elle était bondée au-dessus des ridelles. Et puis maître Truphêmus s'arrêtait parfois en chemin pour contempler le précieux fardeau qu'il portait dans ses bras: c'étaient par exemple de vieux morceaux de gouttières ou des barreaux rouillés, arrachés à quelques rampes d'escalier. Il les couvait amoureusement du regard, et, n'était le respect humain, on comprenait qu'il les eût baisés.
Mais Aloysius entendait qu'on se hâtât. Et, s'apercevant du trouble de son compagnon:
—Allons, vieux gourmand, lui criait-il, un peu plus vite que cela! Vous savez bien que le dîner attend.
Dame Tibby se mettait de la partie: et les objets passaient par les mains des trois personnes, comme les briques que les maçons montent d'un étage à l'autre. Netty elle-même avait son rôle. Aloysius lui donnait les plus petits morceaux avec une tape amicale sur le front.
On payait l'ouvrier qui repartait avec un air visible de satisfaction, preuve que le travail était grassement rétribué.
III
Pénétrons dans Quiet-House.
Il est sept heures du soir. Il fait presque nuit. Si bizarre qu'elle soit à l'extérieur, la maison est plus étrange encore à l'intérieur. Pas une pièce régulière et qui ait réellement droit au titre de chambre. Essayons cependant de décrire.
D'abord, les caves ne font qu'un avec le rez-de-chaussée et le premier étage. Seul, le second étage paraît soutenu par un plancher immobile. Tout l'espace qui s'étend depuis ce plancher jusqu'au sol à fleur de fondations est rempli par des caisses de diverses grandeurs que soutiennent dans le vide des chaînes et des cordes fonctionnant au moyen de poulies fixées à des poteaux de fer.
Ces caisses sont de grande taille, plus hautes qu'un homme ordinaire et formant un cube régulier. Elles sont munies d'une porte. Les poteaux de fer ont des bras mobiles qui tournent sur eux-mêmes, si bien que les caisses peuvent changer de position sur toute la largeur de la maison; au moyen de chaînes et de poulies mises en mouvement par un mécanisme dont les engrenages se voient de tous côtés, on peut les descendre à telle hauteur qu'on le désire. Quand toutes ces caisses sont élevées en l'air, elles laissent absolument libre le fond des caves.