Aloysius ferma les yeux et croisa ses doigts qui craquèrent. Il écoutait.

—De quoi se nourrit le corps humain? Reprenons pour quelques moments le langage des routiniers ignorants. À cette question, ils répondent… quoi? Que le corps se nourrit de substances végétales et animales; les aliments doivent être tirés de ces deux espèces de la nature, et ils excluent les substances purement minérales.

—Comme si les Otomaques et les Guamos des bords de l'Orénoque ne se contentaient pas de terre seule!

—En effet… reprit Truphêmus, dont le ton indiqua le regret d'être interrompu. Je continue. Mais qu'est-ce que les substances végétales ou animales, sinon des combinaisons diverses d'éléments primordiaux nécessaires à la nutrition; éléments peu nombreux, et qui seuls, j'insiste sur le mot, concourent utilement à l'entretien de la machine humaine? Précisons. Tout ce qui est nourriture se compose de matières azotées mêlées à d'autres substances privées d'azote. Et là est le point, j'ose le dire, où nous avons véritablement franchi d'un seul bond la limite que nous imposait la stupidité des impuissants… Partant de ce principe, que l'azote est le nutritif par excellence, nous nous sommes dit: Pourquoi l'humanité se crée-t-elle depuis si longtemps des tracas et des dangers sans nombre, pour chercher dans tous les pays du monde des substances de saveur, de forme, de couleur diverses, quand il est si simple…

—De s'en tenir aux éléments même de la nourriture.

—Parfaitement, et pour cela faire, que fallait-il?

Ici Truphêmus appuya lentement sur chaque mot.

—Analyser des éléments du corps de l'homme, en établir les quantités proportionnelles, afin de les remplacer au fur et à mesure de leur épuisement.

—En vérité, dit Aloysius, on ne saurait énoncer plus clairement nos idées.

—L'homme, continua Truphêmus visiblement flatté de cet hommage direct, contient de l'oxygène, de l'hydrogène, de l'azote, du phosphore et du fer… Si, par combinaison binaire ou tertiaire, ces éléments produisent des substances diverses, sels, acides ou autres, sous l'influence de la vie, elles produisent la matière organique, et, comme l'a si bien dit le grand Berzélius, les matières organiques sont des oxydes de radicaux, qui eux-mêmes résultent, les uns de deux éléments, carbone et hydrogène, ou carbone et azote; les autres de trois éléments, carbone, hydrogène et azote… Mais passons sur les détails.