—Il s'agissait donc d'opérer l'ingestion dans l'organisme humain, et pour les soumettre à son action, des éléments premiers de toute nourriture, après avoir toutefois soigneusement établi la proportion des poids atomiques… pour des analystes tels que nous, cher maître, c'était un jeu…
—C'était un jeu, dit Aloysius flatté à son tour.
—Puis, de réduire ces éléments sous une forme telle que leur ingestion fût facile, laquelle forme s'imposait elle-même, la forme liquide. C'est alors que, parvenus à obtenir la liquéfaction de l'azote, vainement tentée jusqu'ici, à modifier les proportions combinées de l'oxygène et de l'hydrogène, de façon à produire des eaux diverses, nous avons composé ces liqueurs différentes qui, depuis tantôt un an, servent à notre nourriture.
—Et nous ne nous en portons pas plus mal, fit Aloysius, que sa maigreur paraissait enchanter.
—Je m'en porte même d'autant mieux! dit Truphêmus en fermant les yeux et en tapotant des doigts son ventre rond et creux.
—Il faut dire, reprit Aloysius, que vous êtes un gourmand… un gourmand d'azote surtout. Peste! quelle consommation! Aussi cela vous profite…
—Que voulez-vous! je suis un mangeur!
—Mais quelle joie, continua Aloysius, de se sentir dégagé de tous ces soucis ridicules auxquels l'humanité s'est si longtemps condamnée, de n'avoir plus ces prétendues recherches de goût qui vous faisaient l'esclave de quelques papilles nerveuses… Mais pourquoi m'avez-vous rappelé tout cela, cher maître?
—Parce que, mon ami, je suis sur la trace d'une découverte encore plus étonnante, encore plus remarquable…
—Impossible!