Ceci se passait au National-Club.

Au moment où j'avais ri si intempestivement, une main s'était posée sur mon épaule, et une voix bien connue m'avait proposé un tour au club. J'avais hésité. Fallait-il le laisser, lui? Et puis, je m'étais dit qu'après tout la porte était solide, que mon excuse serait toujours bonne et qu'il était comique de le laisser pendant quelques heures livré à lui-même. C'est ainsi qu'étant à l'Athenaeum, j'aimais à corser les problèmes d'arithmétique que nous proposait le professeur, en y ajoutant quelque combinaison inconnue.

Ces deux, trois, quatre heures—qui sait?—pouvaient faire jaillir un x nouveau. Cette idée me séduisit et je suivis le capitaine au club; là, j'acceptai une partie de whist.

Mais en dépit de tous mes efforts, je n'avais pu parvenir à abstraire ma pensée, et chaque carte qui tombait me semblait correspondre à l'un des pas de l'homme.

Si par hasard il parvenait à ouvrir ma porte, s'il s'enfuyait… tout était perdu. Car, ce que je voulais avant tout, c'est qu'il ne pût pas aller là où il allait d'ordinaire. Je voulais déranger cette machine, briser un engrenage, affoler la roue.

—Mais non, je n'ai rien à craindre.

—À vous la donne, capitaine.

—Oui, mais tonnerre, ne jouez pas de singleton aussi maladroit.

Il a raison, le capitaine, je joue mal. Mais il ne sait pas, lui, ce qui me préoccupe. D'abord nul ne le saura. Est-ce que je voudrais partager mon secret avec quelqu'un? Mon secret! car il est bien à moi. Je l'ai fait lever comme un gibier, et seul, j'ai la piste.

Certes, je sens en moi un immense désir: «Si vous saviez!» ou bien encore: «Je pourrais vous raconter quelque chose!» Des phrases pleines de réticences viennent à mes lèvres, quand ce ne serait que pour avoir le plaisir de m'arrêter quand je le voudrais, et de donner la preuve de ma discrétion. Il serait bon d'indiquer que j'ai la propriété d'un secret, que nul ne partage, ni ne partagera que si cela me plaît.