«Moi, je comprends cette torture… et je ne bouge point.
XLIII
«Il me vient d'horribles imaginations… Quelle force me donnent ces dix années d'attente! Tandis qu'il est là, dans cette boîte carrée, tandis que tout son être se contracte dans des convulsions hideuses, je suis là et je songe aux niches que je puis lui jouer… je joue avec cette effroyable situation. Combien de temps durera-t-elle? Combien de temps résistera-t-il à cette torture?… Quoi qu'il en soit, je ne ferai rien pour hâter le dénouement…
«Alternative terrible d'espoir et de désespérance. À chacun de mes mouvements, toutes les fois qu'un bruit frappe son oreille, il suppose que le salut est proche… et j'emploie le même moyen qui ne s'use point. Après le bruit, le silence prolongé, complet, sinistre… Un moment j'ai jeté sur le sol du caveau les instruments de fer dont je me suis muni. Là il ne peut plus douter; évidemment la bière va s'ouvrir, c'est la liberté… c'est la vie!
«En effet, il doit le croire. J'ai mis le tourne-vis dans les vis qui retiennent le couvercle, je les ai serrées, puis desserrées. Le couvercle se soulève et s'abaisse comme la poitrine d'un homme qui respire… Tantôt par l'entr'ouverture, sa voix me parvient claire et nette… puis les vis se serrent, les ais se rapprochent comme une mâchoire qui se ferme, et je n'entends plus qu'un murmure étouffé; ou bien, le couvercle semble devoir céder sous le moindre effort… il s'arcboute au fond de son cercueil, et appuyé sur les coudes, il pousse avec ses mains la planche qui suit un peu l'impulsion. Mais l'effort est vain… le bois résiste. Ses mains glissent sur la surface polie du chêne… et voilà qu'il passe dans la fissure ses doigts crispés et enveloppés du suaire blanc…
«En me penchant, je puis apercevoir son visage hideux, contracté, pâli, creusé, convulsé… Oui, sa souffrance est horrible!
«Un instant je passe entre les ais un ciseau, et je donne une pesée… le bois craque. Évidemment, se dit-il, le bois va se briser, se désunir, le cercueil va s'ouvrir… Non, j'ai mesuré mon effort… et le bois est solide.
«Souffre, souffre, misérable! Qu'as-tu dit? «J'ai faim!» Ah! le monstre torture tes entrailles maintenant… Il devient fou. Les dents grincent, sa poitrine laisse échapper des cris rauques et sans suite qui voudraient être des mots…
«Allons! il faut en finir.
«—Turnpike, dis-je à haute voix.