Après une courte délibération, le président lut l'arrêt qui, reconnaissant l'accusé coupable d'homicide volontaire, le condamnait, en tenant compte des circonstances atténuantes, à dix ans de réclusion.

Beaujon poussa un cri terrible, et menaça du poing le tribunal, le bras tendu. Au lieu de se retirer, il résista aux gendarmes qui voulaient l'entraîner. Il y eut un moment de lutte affreuse. Le condamné se débattait, frappait, hurlait. On parvint enfin à l'arracher à son banc.

La foule s'écoula, douloureusement impressionnée. Mais ce dernier incident affirmait la justice de l'arrêt rendu:

—Hein? disait une jeune femme, lui qui avait l'air si doux tout le temps? Est-il assez rageur?

Le lendemain paraissait dans le journal judiciaire une note ainsi conçue:

«À peine rentré dans sa cellule, Beaujon a été en proie à de tels accès de fureur et de désespoir qu'un instant on a dû craindre pour sa raison. Le fait est d'autant plus remarquable que, lors de son arrestation et pendant toute la durée de sa détention préventive, il n'a cessé de montrer la plus parfaite insouciance. Des soins lui ont été prodigués; il est enfin revenu à lui et a longuement pleuré. Il proteste de son innocence. Beaujon a déjà demandé à se pourvoir en cassation contre l'arrêt qui l'a frappé.»

Maurice m'avait quitté aussitôt que l'audience avait été terminée, en me rappelant ma promesse relative à la photographie de la victime; j'avais remarqué chez mon ami une certaine agitation; aux questions que je lui avais adressées, il n'avait répondu que par monosyllabes.

Malgré moi, lorsque je fus seul, je ne pus m'empêcher de réfléchir au drame qui venait de se dérouler sous mes yeux.

VIII

—Voyons, me disais-je, est-il possible qu'il y ait là une erreur judiciaire? Voici un homme, il est vrai, dont rien n'a indiqué jusque-là les penchants pervers. Mais en tenant seulement compte des circonstances matérielles de l'acte en lui-même, il est évident qu'il est coupable. Il était seul avec la victime; dans aucune des dépositions il n'a été question de la présence d'une tierce personne. Le concierge s'est opposé à la sortie de Beaujon; il se trouvait donc à la porte extérieure de la maison et aurait vu tout étranger qui aurait tenté de s'enfuir. Pourquoi cette hypothèse, d'ailleurs? Beaujon n'eût pas manqué de révéler cette circonstance. Il reconnaît lui-même qu'il était seul, absolument seul avec Defodon. Bien mieux, tout en donnant une explication particulière de la scène de violence, il n'en avoue pas moins avoir porté ses mains au cou de Defodon.