Dans mon désir de trouver quelque point étrange dans cette affaire, je ne sais où je me serais laissé entraîner dans la voie des hypothèses.
Tout à coup, à la lecture du paragraphe de journal rapporté plus haut, une lueur subite s'éleva dans mon esprit.
—La folie! m'écriai-je, oui, c'est évidemment cela. Ce jeune homme ne se trouve-t-il pas dans la première période d'invasion de cette terrible maladie, n'est-il pas prédestiné par son organisation même à l'aliénation mentale, et l'acte qui lui est reproché ne serait-il pas la première manifestation de cette disposition morbide?
Dès que cette idée eut envahi mon cerveau, je l'étudiai soigneusement et il me parut que tous les détails se rapportaient à cette hypothèse.
Je me complaisais dans cette douce persuasion que Maurice avait sans doute entrevu ce côté de la vérité. Pour m'affermir moi-même, j'allai voir l'avocat de Beaujon. Je le trouvai seul, nous étions assez liés pour que je pusse entamer avec lui une conversation tout amicale.
—Eh bien! lui dis-je, vous avez obtenu un beau succès.
—Vous avez raison, me répondit-il, jamais je n'ai rencontré cause plus embarrassante; et j'ai réussi au delà de mes espérances. Je savais bien que je lui éviterais la peine de mort. Aussi me suis-je particulièrement attaché à l'arracher aux travaux forcés. Malgré sa violence, c'est un homme de bonne compagnie, trop jeune encore pour se rendre maître de lui-même, et c'est ce qui l'a perdu. Au bagne, il eût été horriblement malheureux, et le désespoir l'eût amené à quelque acte d'insubordination qui eût à jamais ôté tout espoir de grâce… il fera, au contraire, cinq ou six ans de réclusion et nous obtiendrons remise du reste de la peine…
—Donc, selon vous, c'est bien dans un accès de violence qu'il a assassiné son ami?…
—Diable! croiriez-vous par hasard qu'il l'a saisi au cou dans un accès d'affectueuse amabilité?…
—Mais ne vous est-il pas venu à l'idée une autre hypothèse?