—Nerveux, oui, c'est ça, et puis… dégoûté, oh! dégoûté comme une petite maîtresse…
Nous nous regardâmes avec un signe d'intelligence. Cet interrogatoire, si habilement et si patiemment conduit, corroborait de la façon la plus frappante et la plus inattendue les déductions de Maurice.
Il remercia Annette, qui se retira très étonnée de l'importance que l'on paraissait attacher à ses déclarations.
—D'après ces renseignements, dit Maurice, vous appréciez comme moi combien l'organisation de Defodon était susceptible d'excitation. La moindre commotion l'ébranlait, et j'appelle votre attention sur le détail du cricri. Nous allons entendre maintenant M. Lafond, vieux jardinier de la famille Defodon, dont la déposition, je l'espère, aura la plus grande importance au point de vue qui nous occupe.
Le père Lafond était un vieillard de soixante ans, robuste et bien portant. Aux premières paroles qui lui furent adressées, il se mit à sangloter.
—Mon pauvre jeune maître, s'écria-t-il, si vous saviez combien je l'aimais!
—C'est vous qui l'avez élevé?
—Si vrai que j'ai planté un orme le jour de sa naissance et que c'est aujourd'hui un grand et bel arbre.
—Vous vous souvenez de son enfance, quand il courait à travers le jardin…
—Oui, oui. C'était un si gracieux petit enfant, tout doux, tout gentil. On le prenait pour une petite fille, mêmement qu'il en avait tous les goûts… un petit peu peureux. Le noir lui faisait grande crainte. Et puis, surtout, oh! ça, je m'en souviens comme si c'était hier, il détestait les insectes, les bêbêtes comme il disait.