Les jours passaient. Puis les semaines, puis les mois. Était-ce la phtisie? l'anémie? Aucun des caractères symptomatiques ne me paraissait concluant… J'avais peur… Je n'osais procéder à quelque expérience dont le résultat peut-être eût été fatal… Ah! c'est une horrible situation! Que jamais le médecin ne soigne ceux qu'il aime!
Et pourtant que faire? Confier la cause à un confrère… J'appelai quelques praticiens à ce chevet où se mourait Mary… Ânes! sur mon honneur, ils ne dirent que des sottises. J'aurais voulu faire rentrer leurs paroles dans leur gorge maudite…
Encore passaient les jours, les semaines et les mois.
Un soir, regardant la malade, je portai la main à mon front. Ce que je pressentais était au-dessus de mes forces… Il n'y avait pas d'illusions à se forger… Le ton de la peau était mat… les yeux étaient brillants… les mains avaient cette moiteur qui procède de la fraîcheur du tombeau. Elle était perdue.
Je serrai la main d'Edwards…
—Je reviendrai demain, lui dis-je.
Demain! mot étrange. Entre ces deux formules—aujourd'hui et demain—se plaçait dans ma prévision ce fait atroce—la mort. Elle vivait, elle remuait, elle pensait, elle parlait. Demain la trouverait immobile, sans pensée, muette, morte…
Je sortis de la chambre, paraissant calme jusqu'au seuil. Puis je m'enfuis en courant, étouffant un sanglot.
Edwards avait entendu ce mot—demain—- et m'avait remercié d'un sourire. Demain, c'était l'espoir. Douze heures de vie!…
Je rentrai chez moi, fiévreux, affolé…