Je ne pouvais dormir.—Il était trois heures, lorsque j'entendis frapper violemment à la porte.

—Qu'y a-t-il?

—Venez vite, cria une voix, Mary a été étranglée et M. Edwards est fou.

Je m'élançai dehors.

II

Les mots qui avaient frappé mon oreille, continua le docteur, retentissaient dans mon cerveau sans éveiller la notion d'une signification précise. Lorsqu'ils avaient été prononcés, j'avais eu le sentiment d'un malheur, comme la sensation glacée d'une douche d'eau qui tomberait on ne sait d'où.

En me hâtant pour arriver au domicile d'Edwards, je me surpris à rechercher dans ma mémoire les termes précis de l'avis que j'avais reçu, et ce fut avec une sorte de terreur stupide, bientôt combattue par l'incrédulité, que je reconstruisis ces deux phrases:

—Mary a été étranglée et M. Edwards est fou.

Avez-vous remarqué cette singulière tendance de notre esprit à s'efforcer de prévoir l'avenir, de construire d'avance toute une série de circonstances, alors que le fait lui-même est ou va être à portée de notre entendement et de notre connaissance? Vous recevez une lettre, elle est dans votre main, vous n'avez qu'à briser le cachet pour savoir ce qu'elle contient. Au lieu de cela, vous examinez l'écriture avec soin, vous étudiez le cachet postal, vous discutez la nature du papier, la forme du cachet; vous perdez votre temps à sonder un mystère qui déjà devrait ne plus exister pour vous…

Ainsi faisais-je. Je marchais rapidement. Il me fallait dix minutes à peine pour atteindre la demeure d'Edwards; et pendant cette course, quoique certain d'être tiré du doute dans un temps des plus courts, je m'évertuais à bâtir des hypothèses et à chercher à deviner.