Te voilà au milieu des hommes, tes semblables, et en face de la terre dont, eux et toi, vous devez tirer votre subsistance.
Les hommes sont tes égaux, tu es leur égal.
Ici je te demande un peu d'attention.
Quand tu parles d'égalité, aussitôt on te rabroue, en affirmant que l'égalité est une utopie, que la nature même la dénie, que les hommes viennent sur la terre avec des organismes dissemblables, les uns plus forts, les autres plus débiles; les uns, très intelligents, les autres, de faible cerveau, et de ces prémisses, on part pour justifier les inégalités sociales, la misère en face de la richesse, le salariat et le capitalisme, l'ignorance et l'éducation supérieure, et par suite, la bataille humaine avec ses égorgements et ses épouvantes.
Et l'égalitaire se trouve pris de court et hésite à répondre.
C'est qu'en ce point, comme dans toutes les discussions sociales, nous nous laissons tromper par une définition fausse, passée à l'état de dogme.
L'égalité existe entre les hommes, au point de départ, c'est-à-dire que tous les hommes viennent sur la terre avec la volonté de vivre, avec des besoins matériels et moraux qui sont égaux en principe: l'homme qui a faim est l'égal de l'homme qui a faim. Les nécessités primordiales de l'existence sont les mêmes, et il y a égalité parfaite et complète dans cette formule indiscutable:
—Tous les hommes, sans exception, ont la volonté et le droit de satisfaire leurs besoins et d'utiliser leurs facultés, physiques et morales.
La mesure individuelle de ces besoins et de ces facultés est accessoire. Le fait mathématique—la volonté et le droit de vivre—est égal pour tous.
En cela et en cela seul consiste vraiment l'égalité, et c'est elle qui doit être respectée par l'exercice—appartenant à tous—de ce droit de vivre.