Ici, Camarade, tu trouves sous tes pieds un terrain solide: fils de la nature, tu as—comme tous tes congénères, ni plus ni moins, mais autant qu'eux—le droit de vivre et ce droit nul ne peut t'empêcher—ni empêcher autrui—de l'exercer.
Or d'où peuvent te venir les moyens de vivre, sinon de la terre. Donc la terre est à toi, comme à tous tes semblables. La faculté de l'exploiter et d'en tirer subsistance est inhérente à ton être, et nul n'a droit de la supprimer.
Donc quiconque s'approprie une partie de cet instrument collectif de travail qu'est la terre commet un acte contraire au principe humain, donc la propriété, c'est-à-dire la main-mise de qui que ce soit sur une portion de terre, est un vol commis au préjudice de la collectivité.
Et voici que la propriété—sacro-sainte—t'apparaît avec son véritable caractère d'accaparement et de spoliation, voici que ce dogme intangible se révèle en son évidence de brutalité et de crime antisocial.
La terre est l'instrument de travail—c'est-à-dire de vie—de tous les hommes. Quiconque se l'approprie vole l'humanité, et quand il prétend donner à ce vol la sanction de la perpétuité, il commet un acte à la fois si illogique et si monstrueux qu'on s'étonne à bon droit qu'il ait pu être perpétré.
Mais pour autoriser, pour éterniser cette iniquité, la Société, depuis des siècles, a créé cette autre iniquité, l'autorité, c'est-à-dire l'appel à la force contre le droit, le recours à la violence contre les justes revendications.
En s'appuyant sur l'idée de Dieu, créateur et propriétaire universel, elle a imaginé, par un habile procédé d'escroquerie, la concession faite par cette puissance mystérieuse au profit de quelques-uns de la terre divisée en parcelles, et de cette injustice première, toutes les injustices ont découlé.
Donc, Camarade, nie la propriété du sol comme tu as nié Dieu, comme tu vas nier tout à l'heure toutes les fantaisies criminelles et persécutrices dont la propriété est la source.