Par la propriété, la liberté a disparu, depuis le droit d'aller et de venir arrêté par des murs et barrières que défendent des gendarmes et des magistrats, jusqu'à la liberté du travail, le propriétaire étant maître de laisser ses terres en friche et de refuser à quiconque la faculté d'en extraire les éléments nécessaires à l'existence.

La propriété n'est pas seulement le vol, elle est le meurtre, car c'est d'elle que procède l'exploitation de l'homme par l'homme, le droit mensonger du possédant à ne concéder le droit au travail qu'à son profit, en échange d'un salaire dérisoire; elle est la créatrice du prolétariat, la faiseuse de misère, la manifestation atroce et cruelle de l'égoïsme, de l'avidité et du vice, elle est la grande tueuse d'hommes.

La propriété est le meurtre, car c'est en vertu de ce droit prétendu, appuyé uniquement sur la spoliation, sur la conquête et par conséquent sur la force, que des groupes d'hommes se sont déclarés seuls jouisseurs d'une portion plus ou moins vaste du sol, s'en sont prétendus les maîtres absolus, élevant entre leurs territoires respectifs des barrières sous le nom de frontières, et ont créé chez ces groupes, décorés du nom de nations, des sentiments de haine, de rivalité qui se traduisent perpétuellement par les pires violences, assassinats en nombre, incendies, viols et autres manifestations de la bestialité humaine.

C'est le mensonge: car, alors qu'il est inscrit dans les constitutions particularistes que nous subissons que le droit de propriété est sacré et que nul n'en peut être privé, des millions d'hommes sont dépouillés de leur droit à la terre, au profit d'une caste dominatrice et exploiteuse.

La propriété est l'expression de l'égoïsme à sa plus haute puissance: c'est l'usurpation brutale du bien de tous, de la terre qui appartient à la collectivité et sous aucun prétexte légitime ne peut être féodalisée au profit de quelques-uns. C'est d'elle que naissent toutes les injustices, tous les crimes, tous les forfaits dont l'histoire s'ensanglante...

Elle se perpétue par l'héritage qui n'est que la continuation dans le temps d'une première iniquité commise.

La propriété a double forme, elle s'impose encore sous le nom de capital, et le capital est comme la propriété le vol, le meurtre et l'injustice.

La terre appartenant à l'humanité toute entière, à la collectivité, aussi à l'humanité et à la collectivité appartiennent ses produits.

C'est l'humanité, la collectivité qui mettent en valeur l'instrument terrestre que nous tenons de la nature, et le produit du travail nécessaire, général et collectif, appartient à tous les hommes, sans individualisation possible. Sur les ressources—richesses de toute nature—que fait jaillir du sol le travail humain, tous les hommes ont un droit équivalent, pour la satisfaction aussi complète que possible de leurs besoins matériels et moraux.