Revenu dans nos ports coloniaux, j'éprouvai une véritable déconvenue à ne point trouver de lettre de Paul. Était-ce donc que je l'eusse blessé par quelques railleries inoffensives? J'en aurais été marri, et je me promis bien, une fois débarqué, de m'expliquer avec lui et de lui arracher, s'il le fallait, à coups de meâ culpâ un amical pardon.

Je pris juste le temps nécessaire pour régler à Paris quelques affaires indispensables. Puis, sans prévenir d'ailleurs celui que je comptais surprendre en plein bonheur, je m'installai dans un wagon, filant sur Vierzon.

Je m'arrêtai, selon les indications que m'avait données Paul dans une de ses premières lettres, à la station de Salbris, gros bourg dont le nom est lié à l'un des épisodes les plus honorables de la guerre de 1870.

Je me hâtai d'entrer à l'auberge pour y commander un frugal repas. On touchait à la fin du mois d'octobre, et les journées, devenues courtes, me conseillaient d'arriver le plus tôt possible au château de Pierre-Sèche, où demeuraient mes amis. J'avais encore cinq heures devant moi. Je m'enquis d'une voiture, qui me fut procurée avec la meilleure volonté du monde.

—Où va Monsieur? demanda l'aubergiste.

Je lui nommai le château que j'ai dit. L'homme prit une figure contrite.

—C'est à plus de 4 lieues, en plein marais, sur la rive gauche de la
Sauldre, me dit-il.

J'avais remarqué le changement de sa physionomie: je ne m'imaginai pas que ce fussent la distance ou la mauvaise qualité des terrains qui l'eussent provoqué.

En une vague inquiétude, je repris:

—Sans doute, vous connaissez les propriétaires?