Entre sa dernière réplique et la mienne, il s'était passé un fait subit, presque inquiétant. La lumière qui éclairait les yeux de Paul s'était tout à coup voilée, quasi éteinte, et les paupières brusquement alourdies étaient à demi tombées sur les globes.

—Qu'as-tu donc? m'écriai-je, on dirait que tu t'endors!

Il fit évidemment un effort violent pour rouvrir les yeux.

—Oui, oui, c'est bien cela, murmura-t-il, je n'y songeais plus. Il faut… que je dorme! je ne puis résister, et le pourrais-je que je n'en ai pas le droit… oui, ce serait un crime!

Il parlait d'une voix sourde, sans accent, comme dans un rêve.

Effrayé, je m'étais levé et approché de lui.

—Ne crains rien, continua-t-il, et surtout ne me questionne pas.

—Je ne sais encore si je pourrai tout te dire. Il faut que j'interroge, que je consulte. Tu restes ici, n'est-ce pas? La maison t'appartient, je ne me réserve que cet appartement, je vais dormir, dormir… et puis…

Sa tête tombait sur sa poitrine; c'était un affaissement brutal.

—Je suis à tes ordres, lui dis-je, je veillerai auprès de toi.