Avec cela les plus récents ouvrages scientifiques me ramèneraient à mes études favorites. J'étais paré, ainsi qu'un passager qui prévoit une traversée difficile.
Muni de mon viatique intellectuel, dans lequel j'avais fait une large place aux distractions de l'imagination, je repris le chemin de Salbris.
J'arrivai au castel avant le moment fixé; c'était avec intention: je voulais avoir le temps de ranger mes livres, pour les avoir sous la main en cas de besoin. Jean m'attendait à la porte dans un état d'exaltation qui d'abord m'effraya. Rien de bien grave d'ailleurs. Depuis vingt-quatre heures, Paul n'avait pas ouvert sa porte. Jean avait écouté, espionné; ce qui l'effrayait le plus, c'est qu'il n'avait rien découvert.
Mais Paul était vivant: c'était le seul point acquis et celui qui me touchait le plus.
J'étais là maintenant, la tête parfaitement saine et décidé à tout pour triompher d'une monomanie quelconque.
Nous transportâmes mes caisses dans la bibliothèque, et les livres de science occulte dont les rayons étaient garnis durent frissonner de colère, forcés qu'ils furent de se serrer pour faire place à des oeuvres de raison saine et d'imagination bien pondérée.
Cela fait, et comme je consultais ma montre qui marquait précisément six heures, la sonnette de Paul retentit. Jean monta.
Je redoutais un peu que Paul réclamât une augmentation de délai; mais je n'eus pas à dépenser une nouvelle dose de patience. Paul m'attendait. Je montai rapidement à sa chambre.
Il me reçut fort bien: j'eus même la satisfaction de constater qu'il ne paraissait pas plus affaibli qu'avant mon départ.
—Eh bien, dis-je gaiement, tu vois que je suis exact: de ton côté, tu parais disposé à tenir ta promesse. Me voici donc, l'oreille et l'esprit ouvert, prêt à écouter tes contes de fées.