Paul tenait ses regards dans cette direction, et ses yeux, dont je connaissais si bien les nuances, avaient une étonnante fixité. Enfin l'arrivante—car c'était une petite fille—se révéla tout entière: quand l'ouverture fut assez large pour qu'elle se glissât, elle se mit à courir, comme obéissant à une attraction violente et ne s'arrêta qu'à un mètre de Paul, le regardant avec une expression à la fois soumise et heureuse qui me fit sourire.

Mlle de B., la cousine de Paul, considérait elle aussi cette apparition blonde, rose, jolie, qui semblait une épave échouée de quelque féerie shakespearienne.

C'était la petite voisine à laquelle sa tante avait dit:—Va donc faire un petit tour!

Elle était sortie de la propriété qui jouxtait celle de Paul, puis tout naturellement, voyant une porte entr'ouverte, l'avait poussée.

Elle avait alors douze ans. Mlle de B., regrettant peut-être son célibat, était bonne aux enfants: aussi de ce jour Virginie eut-elle droit de cité chez elle et en usa souvent, plus que souvent.

Une indéniable sympathie l'attirait vers Paul: en quelque coin du parc qu'il se trouvât—et le jardin et le bois étaient vastes—tout droit elle arrivait à lui, comme si de partout elle l'apercevait, et elle s'arrêtait devant lui, souriante et mignarde.

Un jour qu'à notre grande surprise l'heure de sa visite quotidienne était passée depuis longtemps, Paul, engagé dans une dissertation des plus suggestives sur la prononciation du C dans les langues pré-latines, eut un mouvement d'impatience et s'écria vivement:

—Pourquoi ne vient-elle pas? Je veux qu'elle vienne!

Quelques secondes s'écoulèrent, puis j'entendis un bruit de pas précipités, et d'une touffe de mimosas, l'enfant, ayant coupé à travers les massifs, surgit très pâle.

En même temps accourait l'oncle: