Du reste, le deuil public se manifestait avec son intensité habituelle: le temps étant très beau, les terrasses de café regorgeaient et le soir, les salles de théâtre furent combles.

On eut volontiers préparé une fête, représentation ou bal de gala, au profit des victimes. Mais puisqu'elles étaient mortes!...

Le Reporter eut une idée de génie—pour diminuer la triste victoire du Nouvelliste.

Un de ses rédacteurs fut dépêché à Londres avec mission d'avertir la veuve de M. Bobby et de la ramener à Paris.

Ce qui fut fait: et la malheureuse femme—véritablement désespérée de la mort de son brave détective de mari, dut parader sur les boulevards en une voiture sur laquelle planait un étendard noir, avec, en lettres d'or, cette inscription:

Le «Reporter» à la veuve du Martyr.

Une souscription était en même temps ouverte dans ses colonnes, afin de mettre madame Bobby à l'abri du besoin. Le journal s'inscrivait pour mille francs.

En même temps, le Nouvelliste, qui n'entendait plus se laisser distancer, faisait appel à tous les journalistes, à tous les intellectuels, pour que fût élevé à la mémoire de Labergère, le héros du reportage, un monument dont l'exécution fut confiée au grand Rodin. On rêvait une statue rappelant le Moïse de Michel-Ange, dont les cornes électriques symboliseraient la nature de l'accident où il avait péri.

Il n'était que Sir Athel Random dont nul ne se préoccupât. Après tout, il était le véritable auteur responsable de la catastrophe. Déjà, de ses prétendues inventions, John Coxward avait été la première victime; et voici que ses fantaisies pseudo-scientifiques avaient encore causé la mort de trois personnes.

Seul, Emile Gautier—le chroniqueur scientifique—élevait la voix en sa faveur et, dans un article sérieusement documenté, exposait la théorie des terres rares et du Vrilium. L'avenir réhabilitera Sir Athel, victime irresponsable d'un accident, tout à fait indépendant de sa volonté, et dû seulement à l'incurie de l'édilité parisienne. Suivait une charge à fond de train sur les hauts fonctionnaires de la Préfecture de la Seine.