Avec une prudence que doublait la crainte de compromettre le succès de l'enquête qui s'imposait à lui, le jeune Anglais fit d'abord le tour de la couronne de glace, projetant la lumière aussi loin qu'il lui était possible.
Il aperçut encore des taches noires, mais de dimensions plus petites que celles déjà remarquées. Il sentit quelque chose craquer sous ses pieds: il détacha sa lampe, se pencha, regarda: il venait de marcher sur un objet qu'il avait écrasé à moitié et, l'ayant ramassé, il eut un cri de surprise.
Très versé dans la science paléontologique, il venait de reconnaître les os d'une aile qu'il reconnut aussitôt pour avoir appartenu à un Ptérodactyle, cet animal à jamais disparu, et dont le crâne avait suggéré au grand anatomiste Richard Owen cette pensée, que jamais organe de vertébré n'avait été construit avec plus d'économie de matériaux, pour allier la légèreté à la force.
Alors, comme si cette découverte avait corroboré certaine pensée qu'il n'osait pas, dans sa modestie de savant, s'avouer à lui-même, il descendit résolument de l'îlot de glace et marcha vers l'énorme tache noire qui avait attiré son attention.
Et bien vite il reconnut que ce n'était là ni un bloc de basalte, ni une masse de granit, mais bien le corps entier d'un animal gigantesque, le Mammouth, disparu depuis des centaines de siècles, et qui ne nous est connu que par des squelettes ou parties de squelettes trouvés dans les profondeurs des couches paléozoïques.
Oui, c'était bien cette masse gigantesque, lourde, véritable ébauche de la nature dont l'éléphant actuel est la descendante réduite au tiers. Et, avec une fièvre passionnée, Sir Athel voyait, reproduit sous ses yeux, le prodige naguère déjà constaté en Sibérie: la conservation entière, absolue, par le froid, d'un animal colossal, avec sa peau, sa chair. Il se hissa sur les épaules du monstre pour considérer de plus près cette tête énorme avec ses deux défenses recourbées sur elles-mêmes; il tâta de ses mains le poil raidi par le froid, il descendit jusqu'à ses pieds immenses qui semblaient taillés dans un bloc de marbre.
Oh! il ne pensait plus alors au danger qu'il courait avec ses compagnons: il vivait son rêve de savant, palpant ces membres que nulle force humaine n'aurait pu soulever... quel triomphe pour un chercheur!... quelle réponse victorieuse aux adversaires de l'évolution!...
Et pris d'une sorte de folie, Sir Athel grimpa sur le corps du Mammouth, pour mieux examiner les autres taches noires qui—il n'en doutait plus—étaient des animaux préanthropiques, antérieurs à l'apparition de l'homme... et un premier examen ayant confirmé son hypothèse, il redescendit et se mit à courir à travers la grotte....
Ici, il retrouvait intact, dans son immobilité, séculaire, le Mégathérium, avec son train de derrière massif, avec ses pattes projetées en avant et armées de griffes pareilles à des sabres et qui saisissaient la proie en la lacérant.
Plus loin, c'était, couché sur le flanc, comme endormi, le Mastodonte, le proboscidien gigantesque, le géant des mammifères des temps primitifs, avec six mètres de hauteur, huit mètres de long, la trompe non comprise!