C'était livrer à la risée le Reporter, accusé de légèreté et presque de mensonge, et les autres journaux ne manquèrent pas de marquer le coup.
Aussi, dans les bureaux du Reporter, l'émotion fut-elle grande: le directeur fulmina et mit deux de ses collaborateurs à la porte, tout en ripostant par une note d'un caractère patriotique:
—Le Reporter reconnaît qu'il n'est rédigé que par des Français et qu'il ne puise pas ses informations auprès de collaborateurs étrangers: en tous cas, nous regrettons que l'événement souligne de façon aussi désobligeante la supériorité de la police anglaise sur la nôtre. Et, d'ailleurs, nous n'acceptons pas les yeux fermés les affirmations que selon nous la Préfecture a accueillies avec beaucoup trop de facilité.
Et il ajoutait:
—Ce Coxward—si Coxward il y a—n'était pas arrivé à Paris en ballon: il a dû nécessairement se trouver en relations avec des gens de son monde et de sa spécialité. Cet homme a été assassiné par quelqu'un ou par quelques-uns. Le Reporter institue une enquête qui fera la lumière. Et qui sait? Rira bien peut-être qui rira le dernier.
En somme, ce défi ressemblait singulièrement à du bluff. Mais le public s'en amusa et, comme justement en ce moment, il n'était question ni de renversement de ministère ni de tremblement de terre à l'étranger, cette lutte, peu courtoise d'ailleurs, captivait la curiosité générale. Or, il faut reconnaître que, malgré la collaboration de l'Anglais Bobby, l'affaire n'avançait pas d'un seul pas.
Chaque jour, le Nouvelliste, puisant sa documentation à bonne source, relatait la déposition des divers témoins que le juge d'instruction, M. Mallet du Saule, faisait défiler dans son cabinet, et qui malheureusement se résumaient toujours en cette formule concise, mais peu satisfaisante:
—Le sieur Coxward nous est parfaitement inconnu.
Le Reporter se taisait, se contentant d'insinuations goguenardes, dans lesquelles M. Bobby n'était guère ménagé.
Un jour, le Nouvelliste crut triompher.