[LE CARNET DE M. BOBBY]
Ceci se passe à Londres.
M. Bobby est seul dans le petit parloir du cottage qu'il occupe depuis vingt ans, au coin d'Islington Gardens.
Madame Bobby est absente.
Il a ouvert un tiroir du petit secrétaire, épave du mobilier paternel, et en a tiré un cahier relié de cuir, fermé par une serrure d'acier.
Ceci est le journal de sa vie, tenu au courant depuis son enfance—sept ans—sans que jamais, selon le principe du poète, aucun jour se soit passé qu'il n'y ait inscrit au moins une ligne. Nulla dies sine linea.
M. Bobby est mélancolique, mais ses lèvres serrées et son menton dur témoignent d'une volonté que rien ne fait fléchir.
Il a posé le carnet sur la tablette, a fait jouer le ressort. Il feuillette, remonte en arrière et enfin relit.
—Moi, citoyen anglais, né dans la ville de Londres, cockney pur sang, ayant entendu les cloches de Bow-Church mêler leur son grave à mes premiers vagissements...[1] j'ai été expulsé de France et je n'ai pu résister. Me pardonnent mes aïeux d'Azincourt!
«Mais la Providence, à laquelle nul ne résiste, avait décidé que son fidèle serviteur n'aurait point, par cet affront, épuisé la coupe d'amertume.