—C'est merveilleux, hasarda Bobby qui, voyant l'éclat excessif des yeux de son interlocuteur, se demandait si vraiment il n'était pas en face d'un véritable aliéné dont peut-être la fréquentation pourrait devenir dangereuse.

—C'est tout simplement beau, rectifia Sir Athel. Donc cet appareil, encore inachevé, quoique poussé à sa presque ultime perfection, se trouvait là, dans la petite cour que vous voyez. Il se composait d'une caisse très simple, de métal et de bois, capable de résister aux chocs les plus violents. Le moteur, c'est-à-dire la partie vivante, le centre, à la fois le cerveau et le plexus solaire de l'appareil avait été mis au point par moi-même le 1er avril au matin. J'avais adapté en sa place le siège très confortable d'ailleurs du conducteur du Vriliogire...; j'avais chargé le moteur, installant, dans des poches intérieures de la caisse, une quantité suffisante de la substance génératrice, ainsi que des provisions de bouche pour plusieurs semaines: tout cela ne tenant qu'une place infinitésimale.... J'étais décidé à partir le 2 avril dès le lever du soleil..., pour aller! Le savais-je? Je voulais piquer devant moi, à travers le ciel, à travers l'espace, m'enivrant de l'immensité, et surtout, savourant cette joie indicible d'avoir, moi et moi seul, définitivement réalisé la conquête de l'air....

«Et alors, au retour, avec quel orgueil je me serais élancé chez Miss Mary Redmore... et je lui aurais crié:

«—Maître de l'univers, je le mets à vos pieds!

«Hélas! la fatalité veillait!... et le coup qu'elle allait me porter devait, en anéantissant mes espérances, briser à jamais ma vie!...

Il s'interrompit et son visage exprima un profond désespoir.

—Voyons! voyons! fit bonnement l'excellent Bobby, un enfant de la grande Angleterre ne se laisse pas abattre; tenez, celui qui vous parle, Bobby, qui n'est pas des premiers venus, a subi de grandes crises dans sa vie... et toujours il s'est tenu droit devant la Fatalité et il l'a domptée!...

Sir Athel parut n'avoir pas entendu cette symphonie héroïque.

Il continua:

—J'avais passé la journée du 1er avril à reviser certains calculs, à essayer certaines pièces de mon appareil. J'avais écrit à Miss Mary une lettre où je lui faisais part et de mon départ et de mon prochain retour...; modestement et sans emphase, je lui faisais pressentir l'immense importance de l'œuvre que j'allais accomplir.