On avait fouillé tous les bars des environs, interrogé tous les sportsmen de haute et de basse catégorie, questionné l'ambassade d'Angleterre—car ce seul fait était acquis que la victime était anglaise—on n'avait signalé aucune disparition ni dans les établissements spéciaux, ni dans les hôtels.

Un instant on avait cru tenir une piste: des professionnels de la boxe avaient déclaré que l'inconnu devait être un habitué des assauts de cette spécialité, ceci à certaines traces caractéristiques que les poings laissent sur des parties du corps, toujours les mêmes, notamment à une déformation des maxillaires.

Le chef de la Sûreté, M. Davaine, que quelques récents insuccès avaient mis en assez fâcheuse posture, gourmandait ses agents de la belle façon.

En vain, à la Morgue, où le corps avait été transporté, les indicateurs se mêlaient à la foule, interrogeant les physionomies des visiteurs, provoquant leurs confidences. Au résumé le résultat était toujours le même: Connais pas!

Un bruit courait, assez singulier.

L'autopsie avait été pratiquée et l'illustre médecin légiste qui avait réalisé l'opération aurait, disait-on, déclaré que l'individu en question n'était mort ni des blessures qu'il portait au crâne, ni des horribles plaies, déterminées par cette sorte d'embrochement sur les piques de la grille.

Mais qu'il était mort auparavant.

Ce qui eût semblé indiquer qu'il avait été assassiné et que c'était à l'état de cadavre qu'il avait été porté à la Concorde.

Mais telle n'était pas la conclusion du praticien: selon lui, l'inconnu était mort de suffocation. L'état de ses poumons ne laissait aucun doute à cet égard... et le cou ne portait aucune trace de violence, aucune marque de strangulation.

Ce qui était acquis, du moins ainsi l'affirmait un reporter du Nouvelliste, c'est que la mort ne pouvait en aucune façon être attribuée aux blessures du crâne ou du thorax—lesquelles ne s'étaient produites qu'après la mort.