On devine l'effet produit dans Paris par cet article sensationnel. La grande ville se complaît à l'affolement collectif. Un souffle d'inquiétude passa, circulant des loges de concierge aux salons du grand monde.... On commençait à avoir peur. Un journal ultra-pessimiste n'hésitait pas à accuser les anarchistes et nihilistes de préparer un monstrueux attentat contre Paris dont l'anéantissement était décidé depuis longtemps.

On parlait déjà de déserter les hôtels et le commerce s'inquiétait. Une note officielle parut, dans l'excellente intention de rassurer les esprits, et eut, comme toujours, un résultat absolument contraire.

En même temps—et par une contradiction bien humaine—tout Paris se portait vers les Buttes-Chaumont, la rue Manin et le boulevard Sérurier, où les quelques débits de vin réalisaient des affaires d'or. Les fortifications faisaient concurrence aux boulevards et au Bois de Boulogne....

Une première visite de la commission avait eu lieu, mais sans apporter aucune lumière nouvelle: seulement, cette fois encore, l'appareil s'était enfoncé légèrement dans le sol et on avait constaté, non sans une nouvelle inquiétude, que le terrain qui l'entourait semblait se désagréger de plus en plus.

Naturellement, le reporter Labergère, qui avait ses entrées partout et trouvait toujours le moyen de se faufiler même dans les endroits les plus fermés, s'était mêlé aux membres de la commission, et tandis que ces messieurs exerçaient leur sacerdoce, groupés autour du kiosque électrique, lui s'en allait de-ci, de-là, examinant attentivement les diverses dépressions du terrain, cherchant à découvrir quelque indice qui pût fournir à son initiative une direction nouvelle.

Ce fut ainsi qu'il trouva d'abord une seconde, puis une troisième palette d'hélice, qui prouvait à n'en pas douter qu'on se trouvait en présence d'un appareil de locomotion quelconque, sans doute un auto de nouvelle combinaison et qu'un inventeur avait essayé dans de malheureuses conditions. C'était à vérifier.

Mais il y avait encore, dans un creux de sable, des débris de bois, portant un reste de serrure et qui provenaient évidemment d'une sorte de coffret, et tout auprès, Labergère qui ne négligeait rien ramassa un morceau de papier que, par hasard sans doute, un fragment de pierre avait fixé à terre.... Ce papier, c'était un fragment de lettre, portant l'en-tête de la maison Lorell et Cie de Londres, et justement l'adresse du destinataire y figurait.

—Sir Athel Random, Corsica-street, Highbury-London N.W.

Et ce sont ces diverses circonstances que maintenant dans la maison de Corsica-street, le reporter du Nouvelliste exposait à Sir Athel, en présence de Bobby, le détective honoraire....

Les explications ne furent pas longues.