—C'est bien cela. Vous est-il possible de nous dire ce qu'est cet engin et d'où il provient.
—Rien de plus simple, dit doucement Sir Athel, cet engin est un auto aérien, construit d'après les principes du plus lourd que l'air, et qui diffère des aéroplanes, en ce qu'il n'a ni ailes ni gouvernail, qu'il est entièrement métallique et ne tient compte ni du vent ni des intempéries aériennes.
—Une sorte d'hélicoptère, se hâta de demander M. Verloret avec un regard de défi à l'adresse de son contradicteur Alavoine.
—S'il vous plaît, fit Sir Athel. Je vous donne ces détails pour vous bien convaincre que je connais l'appareil dont il s'agit, puisque c'est moi qui l'ai construit.
—Vous êtes mécanicien? demanda M. Alavoine avec une légère moue de dédain.
—Je me présente. Je m'appelle Sir Athel Random, élève et modeste collaborateur de William Crookes, le président de la Société Royale Scientifique de Londres... et si la chose pouvait vous intéresser, je pourrais vous énumérer les titres et diplômes que m'ont conférés les plus importantes Institutions scientifiques de la Grande-Bretagne: peut-être même pourrez-vous vous souvenir de certain mémoire sur les terres rares qui eut l'honneur de la lecture et dont votre regretté collègue M. Berthelot voulut bien faire l'éloge en termes qui, je l'avoue, eussent donné quelque orgueil à tout autre que moi.
—Mais oui, je me le rappelle fort bien! dit une voix cassée. Ce mémoire a été inséré dans le Journal des Savants... il est fort remarquable.
—Je vous remercie, dit Sir Athel. Je reviens au fait qui nous intéresse.
«Cet appareil est en réalité des plus simples; ce qui le différencie de ceux qui ont été construits jusqu'ici, c'est qu'il comporte deux hélices, l'une à la partie supérieure, l'autre à la partie inférieure; elles sont mues par un arbre de couche, simple tige métallique, qui obéit elle-même à un moteur de très petite dimension. La direction est obtenue par un système d'inclinaison de l'une ou l'autre hélice, selon la volonté de l'opérateur.
«Mon intention était de ne faire mon premier et définitif essai de cet aviateur d'un genre nouveau qu'à la fin du présent mois; je serais certainement passé par Paris, mais ce n'eût été qu'une étape, mon plan bien arrêté comportant le tour du monde en passant par la Russie, la Sibérie, la Chine et le Japon, avec retour par l'Amérique du Nord....