Depuis quelques instants, j'étais saisi du désir de revoir ce singulier personnage que j'avais aperçu seulement dans des circonstances assez bizarres. J'en fis part à mon confrère. Mais il me fit observer que l'engagement pris par lui s'opposait à ce qu'il y satisfît. Ne s'était-il pas formellement interdit d'introduire auprès de M. Vincent toute personne qui ne ferait pas partie du personnel de l'établissement?
Je n'avais qu'à m'incliner. Je n'insistai pas, et je pris congé de mon confrère, bien résolu d'ailleurs à écarter définitivement de mon esprit les idées incohérentes, presque folles, qui me hantaient douloureusement.
Oui, j'avais en moi je ne sais quelle épouvante inexpliquée qui tenait du vertige. Comme Pascal, je voyais un gouffre ouvert devant moi et, au fond, tout au fond, j'apercevais une face ricanante qui avait les traits de l'élève de Mesmer!
III
J'avais repris mes occupations et encore une fois perdu le souvenir agaçant de ce personnage quand, au matin d'un des premiers jours de novembre, je reçus une dépêche qui me causa une indicible émotion.
Elle était signée du docteur F…, et ainsi conçue:
«Mon enfant se meurt. Je fais appel à tous mes amis. Venez.»
Je bondis hors de mon fauteuil et, quelques instants après, je sautais dans une voiture dont le cocher, alléché par la promesse d'un fort pourboire, fouettait vigoureusement son cheval.
Je ne puis dire que cette dépêche me surprenait. Cachée sous les préoccupations de chaque jour, dont je me faisais un rempart contre les visions du ressouvenir, il était une pensée latente dont il me semblait que cette nouvelle fût l'explosion.
La silhouette de M. Vincent, gravée dans les lobes de mon cerveau, se liait invinciblement à celle d'un enfant, de cette pauvre fille que j'avais vue là-bas, morte avant d'être mourante, et qui m'avait laissé cette impression—absolument nulle au point de vue de la science vraie—d'un arrachement de la vie, de la force animique.