Je me nommai aux infirmiers, qui ne jugèrent pas à propos de me désobéir; d'ailleurs, j'avais passé solidement mon bras sous celui du vieillard et je l'entraînais rapidement, il n'était pas de force à me résister.
—Vous, dis-je à l'un des deux hommes, allez auprès de votre maître et dites-lui que je serai de retour dans une demi-heure; ajoutez que je tente un suprême effort pour sauver son enfant.
Nous étions arrivés au pavillon. Je fis entrer M. Vincent et nous nous trouvâmes seuls, tous deux, dans le petit jardin sur lequel les arbres étendaient la voûte de leurs feuilles automnales.
Enfin je me trouvais donc en face de cet homme!… Je le regardai.
Il était très pâle et, dans sa face blanche et bouffie, ses yeux semblaient deux trous noirs et brillants.
Nous restâmes ainsi quelques instants, l'un devant l'autre, comme deux ennemis qui s'examinent avant le combat. J'étais en proie à une colère qui me faisait trembler, mais qui devait communiquer à mon regard un éclat excessif. Car ses yeux, à lui, semblaient fuir les miens.
Tout à coup, j'étendis le bras vers lui, et, lui touchant l'épaule:
—Monsieur Vincent de Bossaye de Thévenin, lui dis-je, vous êtes un assassin!
Il ne répondit pas; mais cette fois il me regarda à son tour, bien à plein.
—Oh! n'essayez pas de me fasciner, repris-je en ricanant. Je ne suis pas un enfant… moi, et vous ne me tuerez pas…