—Il y a dix ans de cela… et je vous retrouve ici, encore vivant, vous que la mort guette et menace… Vivant… tandis que là haut un enfant se meurt, sans lésion intérieure, sans maladie scientifiquement appréciable… Or, comprenez-vous maintenant, monsieur Vincent, pourquoi je vous ai empêché d'entrer dans cette maison où vous vous introduisiez pour voler sur les lèvres de l'agonisant le dernier souffle de vie auquel la vôtre est attachée?…
—Entrons! dit M. Vincent en me désignant la porte du pavillon.
Il parlait avec une parfaite simplicité, sans irritation. Je lui obéis, et nous nous trouvâmes dans un cabinet dont les murs disparaissaient sous des rayons de livres.
Il me désigna un siège, s'assit à son tour et me dit:
—Que supposez-vous?…
J'avais recouvré mon calme: je constatai que je n'obtiendrais rien de cet homme par intimidation. Aussi repris-je avec plus de sang-froid:
—Je ne suppose pas… je sais…
—Quoi?…
—Vous vous livrez depuis votre jeunesse, depuis près d'un siècle, aux pratiques du magnétisme. Quels sont vos moyens d'action, je l'ignore. La science actuelle découvre en ce moment les lois de l'hypnotisme et de la suggestion; mais elle n'a encore obtenu aucun des résultats que vous recherchez et que vous avez atteints. Je m'empare de vos propres paroles. Votre science, à vous, est criminelle: «elle centuple la terrible inégalité qui fait, dans la lutte pour la vie, les vainqueurs et les vaincus». Je pars de votre aveu, je m'en empare et je vous dis que vous êtes un assassin! Osez me dire que je ne suis pas sur la voie de la vérité…
M. Vincent laissa tomber sa tête dans sa main, parut réfléchir pendant quelques instants, puis, se redressant, il reprit: