L'enfant, qui avait reconnu le pas de M. Vincent et qui s'était soulevé, les yeux tournés, les bras tendus vers lui…

C'était l'instant suprême, l'instant atroce dont je me souvenais, et qui avait précédé, comme le coup précède la souffrance, la mort de la jeune fille.

Les médecins étaient entrés derrière nous; le père s'était dressé, ne comprenant pas, mais ayant, comme les désespérés, l'espoir du miracle.

Je vis le corps de l'enfant osciller, hésiter entre deux mouvements, l'élan ou le recul.

M. Vincent le regardait de ses pupilles agrandies, et il s'avançait lentement, les mains inertes en apparence, mais actives… pour moi, pour moi qui savais tout.

L'enfant se recoucha doucement. M. Vincent s'approchait toujours. Enfin, il posa sa main sur le front du petit malade. Et soudain je vis—oh! je n'en peux douter—une poussée de rose s'étendre sur son visage, éclairer ses lèvres, en même temps qu'une lueur s'allumait au fond de ses yeux éteints. Et je comprenais bien, moi… moi seul! Cet homme réinjectait en l'enfant la vie qu'il lui avait volée…

—Votre enfant est sauvé, dit le vieillard d'une voix qui n'était plus qu'un souffle.

Puis, se tournant vers les médecins et se redressant légèrement:

—Messieurs, dit-il, vous porterez témoignage que le docteur de Bossaye de Thévenin, le dernier élève de Mesmer, a ressuscité un mort…

Disant cela, il chancela et il serait tombé à terre si je ne l'avais soutenu.