Cependant, à vrai dire, cette coupe absolument française n'était pas en rapport avec son visage anguleux et surtout avec son teint, dont la nuance bistrée rappelait une origine étrangère.

Le duc de Belen, de noblesse portugaise, avait longtemps habité l'Amérique du Sud, et, possesseur d'une fortune énorme, était venu, il y avait quelques années, éblouir Paris de son luxe et de ses prodigalités.

Cependant, depuis quelque temps, pour des motifs qui étaient encore inexpliqués, le duc de Belen avait abandonné le magnifique hôtel qu'il possédait au faubourg Saint-Honoré, pour venir occuper les deux étages de la maison de la rue de Seine, immeuble qui d'ailleurs lui appartenait, et dont il avait transformé les appartements en une demeure presque princière.

Peu à peu, les baux expiraient et M. de Belen reprenait possession de l'hôtel entier. C'était grâce à une sorte de pitié et peut-être de protection occulte de M. Benoît que Martial avait pu garder jusque-là sa mansarde.

Après avoir adressé ce compliment banal à madame de Silvereal, le duc s'était tourné avec empressement vers Lucie:

—N'aurons-nous pas le plaisir, mademoiselle, de voir madame de Favereye?

—Ma mère est souffrante, monsieur le duc.

—Et il a fallu toute mon insistance, reprit madame de Silvereal, pour décider Lucie à m'accompagner.

—Oserai-je espérer, fit M. de Belen avec un sourire qui montra ses dents blanches et pointues, que mademoiselle ne se repentira pas de sa condescendance?

Lucie s'inclina sans répondre.