Mais un observateur attentif aurait pu remarquer sur son visage le passage d'une rapide pâleur.
La jeune fille, vêtue d'une robe blanche relevée de fleurs bleues, simplement coiffée de quelques bluets qui jouaient dans ses cheveux, blonds comme la moisson, réalisait le type le plus achevé de la grâce et de la beauté.
Quand M. de Belen eut parlé, elle s'appuya au bras de madame de Silvereal comme pour la prier de répondre.
—Ma sœur, madame de Favereye, va peu dans le monde, dit-elle au duc. Il est naturel que Lucie, ma nièce, n'ait pas grand goût à ces fêtes auxquelles sa mère n'assiste pas.
M. de Belen s'inclina; il avait conduit les deux dames dans l'un des salons les plus animés, et leur ayant choisi des places, il se préparait à continuer une conversation qui, cependant, paraissait peu plaire à ses invitées, quand un nouveau personnage s'approcha:
—Eh bien! mon cher duc, dit celui-ci d'une voix cassante et peu sympathique, allez-vous donc abandonner vos invités en l'honneur de ma femme?...
De Belen le regarda en souriant:
—Mon cher de Silvereal, soyez indulgent pour moi; mademoiselle Lucie est trop belle pour que les plus impatients ne me pardonnent point de m'oublier ici pendant quelques minutes.
A ce compliment, presque grossier à force de netteté, Lucie ne put réprimer un tressaillement nerveux, et elle cacha son visage sous son éventail.
—Allons, de Belen, vous serez donc toujours un sauvage? reprit de Silvereal.