—Pourquoi me parler ainsi? Ne vous souvenez-vous plus des paroles qui ont été un jour échangées entre nous?

—Je ne les ai pas oubliées.

Il passa sa main sur son front.

—C'était en un jour de douleur.... Vous que j'avais tant aimée, vous à qui j'avais dévoué ma vie entière, vous aviez rivé votre existence à celle d'un autre.

—Hélas! vous le savez... c'était mon devoir.... J'obéissais à mon père.

—Oui, je le sais, reprit Armand avec un sourire triste. Mathilde de Mauvillers devait servir de marchepied à M. de Mauvillers, magistrat, pair de France... et elle n'avait pas le droit de résister.

—Mon ami, fit Mathilde de Silvereal en baissant la voix, il est des destinées humaines qui semblent maudites. J'ai bien souffert... mais que sont les tortures endurées par moi en face de celles qui ont accablé ma pauvre sœur?

—Marie... oui, vous avez eu assez de confiance en moi pour me faire connaître les terribles circonstances de ce drame passé. Et quand tout espoir a été arraché de mon cœur, lorsque j'ai compris que désormais je ne pouvais aimer celle qui cependant était ma vie et mon avenir, je vous ai dit: «Mathilde! la fatalité nous sépare. Obéissons.» Main souvenez-vous que le jour où le danger vous menacera, je serai là près de vous, prêt à vous défendre, à sacrifier ma vie pour vous épargner une larme.

—Et moi, je vous ai dit, Armand: «A quelque heure que ce soit, en quelque lieu que je me trouve, le jour où vous m'appellerez, je viendrai à vous, forte de mon honneur et de mon sacrifice, et mettant ma main dans la vôtre, je vous écouterai comme un ami, comme un frère...»

—Vous ne m'avez pas appelé... et je suis venu.