Quoique, dans les salons les plus aristocratiques, on eût tenu à honneur de le recevoir, il était rare qu'il s'arrachât à ses études: la rareté de ses apparitions lui donnait même auprès des fidèles de la valse et de la trénisse un renom presque fantastique. On assurait qu'il ne sortait de sa retraite que lorsqu'il avait à accomplir dans la société quelque œuvre de magie. Et, chose curieuse, plusieurs fois déjà sa présence avait paru concorder avec quelqu'une de ces catastrophes qui de temps à autre viennent surprendre ce qu'on est convenu d'appeler la haute société parisienne.
Tel était l'homme qui en ce moment traversait les salons du duc de Belen, ayant à son bras madame de Silvereal.
Il marchaient lentement, lui, absorbé dans quelque pensée intérieure; elle, un peu pâle, et cependant la tête haute, fière de l'homme qui s'était fait momentanément son cavalier.
Ils arrivèrent ainsi à une serre qui s'ouvrait au fond d'un boudoir, et où le duc avait prodigué, avec son luxe habituel, les splendeurs d'une végétation tropicale.
En ce moment, la serre était vide.
Armand s'effaça en s'inclinant.
La baronne entra la première.
M. de Bernaye lui désigna un siége et s'assit lui-même à quelque distance d'elle.
—Madame, lui dit-il de sa voix qui vibrait, sonore et douce à la fois, je vous supplie de me pardonner si je vous ai arrachée pour quelques instants aux plaisirs de cette fête.
Elle releva la tête et le regarda.