Madame de Silvereal était arrivée à cet âge où la femme vraiment belle s'épanouit dans toute sa magnifique éclosion. Grande, admirablement faite, elle portait avec une désinvolture vraiment royale sa toilette de velours noir, constellée de diamants. Ses épaules blanches et fermes comme le marbre, avaient la coupe admirable du buste des statues antiques, et, à regarder son visage de camée, on se fût demandé si cette création parfaite n'était pas quelque statue descendue de son socle.

Quant à celui qui venait de réclamer de si étrange façon la faveur d'un entretien avec une des reines du bal, c'était, nous l'avons dit, un homme d'une quarantaine d'années; et cependant, il eût été difficile de lui assigner un âge précis.

De taille moyenne, Armand de Bernaye réunissait en quelque sorte le double caractère de la beauté naturelle et de la perfection civilisée.

Grand, admirablement proportionné, Armand avait le front haut, l'œil noir, largement fendu, étincelant d'intelligence et de volonté: les mains eussent fait envie à une petite-maîtresse; son pied, chaussé avec une remarquable finesse, soutenait la comparaison avec les plus délicieuses bottines de satin qui glissaient sur le parquet du bal.

Mais ce qui frappait tout d'abord en lui, c'était la franchise quasi dominatrice de sa physionomie. Ce n'était ni un joli ni un beau garçon. C'était un homme, avec tout la développement de son énergie, avec la suprême rectitude de sa conscience.

Il semblait que de ces lèvres fermes, ombragées d'une moustache noire et retombant en deux pointes sans apprêt, ne pussent s'échapper que des paroles honnêtes.

Devant lui, les étoiles de cotillon s'écartaient avec une sorte de respect non dissimulé. On eût dit que ces dandies, comme on disait alors, devinaient en ce personnage une nature supérieure à la leur.

—C'est le savant, murmurait-on sur son passage.

Le savant! Ce mot résumait pour ces ignorants une double impression de terreur respectueuse et d'envie.

Armand de Bernaye passait, disait-on, tout son temps dans son laboratoire, où il cherchait à dérober à la nature ses secrets les plus cachés. Plus d'une fois son nom avait été prononcé à l'Académie des sciences, et on lui devait d'importants progrès en chimie.