—Que me veux-tu, Soëra? demanda Armand.

—C'est un billet.

—Qui l'a apporté?

—Un jeune homme qui est reparti immédiatement.

—C'est bien! donne!

Celui qu'Armand venait de désigner par le nom de Soëra plongea sa main sous son manteau, qui s'entr'ouvrit et laissa apercevoir une sorte de pagne, rayé de blanc et de noir, et tombant jusqu'aux jarrets. Le torse n'était caché que par une ceinture montant de la taille aux aisselles, et dans cette ceinture était retenue une de ces armes redoutables, lames tordues en forme de flamme, et que les Malais désignent sous le nom de «kriss.» Soëra présenta à Armand un petit billet plié en forme de triangle et bordé de noir, comme une lettre de deuil. Armand laissa échapper un geste de surprise. Puis, d'un mouvement rapide, il brisa le cachet. L'enveloppe était vide; seulement, à l'intérieur de l'enveloppe était empreinte, nettement dessinée, l'image d'une tête de mort. Armand réfléchit un instant, puis:

—Va, Soëra, dit-il. Tu es un bon serviteur. Retourne chez moi et ne m'attends pas cette nuit.

Soëra s'inclina en signe de soumission. A ce moment, la voix de M. de Belen se fit entendre dans le salon qui confinait à celui où se trouvait Armand.

—Voyons, messieurs, disait-il, qui de vous se dévouera pour conduire le cotillon?...

Armand réfléchissait, les yeux fixés sur le singulier emblème qui venait de lui être adressé. Une sorte de grondement sourd, sauvage, lui fit lever la tête. Soëra avait rejeté son manteau et, redressant en arrière son torse d'athlète, il avait tiré de sa ceinture le kriss dont la lame luisait, aiguë et sinistre.