—Pas d'imprudence, murmura-t-il.
Et, plus lentement, il continua son œuvre, usant maintenant de précaution comme s'il eût craint que le choc du fer ne brisât l'objet qu'il cherchait à déterrer. Enfin, il poussa une exclamation. La pelle venait de rencontrer une résistance subite.
L'homme se mit à genoux, et, de ses ongles, il écarta la terre. Puis il prit la lanterne et dirigea le rayon sur l'ouverture. Une pierre noire, sur laquelle on distinguait des traces brillantes, émergeait de la terre sombre. Il sembla que cette vue donnât au travailleur une nouvelle énergie. Ses mains infatigables s'efforçaient de dégager cette pierre. Enfin, s'arc-boutant sur ses genoux, il parvint à la détacher du sol. Il l'écarta d'un effort vigoureux, et dans le moule laissé à découvert il plongea son bras comme s'il eût supposé qu'au-dessous il dût rencontrer ce qu'il cherchait. Mais il laissa échapper un cri de colère.
—Rien! rien! fit-il. Malédiction!
Et saisissant de nouveau la pioche, il élargit l'ouverture; puis, frappant de toutes ses forces, il enfonçait le pic de fer dans la terre. Mais la pointe pénétrait sans obstacle. Maintenant de Belen creusait avec une sorte de rage fiévreuse. La terre jaillissait sous ses coups. Il ne se reposait plus, tous ses membres ruisselaient de sueur. Et rien n'apparaissait.... Alors, découragé, il se releva, et laissant échapper la pioche, qui tomba:
—Je suis maudit! murmura-t-il.
A ce moment, un râle sourd s'échappa de sa poitrine... Une main venait de se poser sur son épaule, tandis qu'une voix ironique prononçait ces mots:
—Eh bien! monsieur le duc, il paraît que la chasse a été mauvaise!...
De Belen fit un effort pour s'élancer... mais la main qui s'était appesantie sur lui était si lourde qu'il était pour ainsi dire cloué au sol.... De Belen était d'une force exceptionnelle, dont témoignaient, malgré ses allures aristocratiques, ses mains massives et ses membres trapus. Et pourtant, soudain, il se sentait dompté, vaincu. Ainsi cet être mystérieux, dont il avait constaté l'existence aux empreintes laissées sur le sol, cet être se trouvait là, près de lui, et du premier coup lui faisait sentir sa domination. Etait-ce réellement un ennemi? Non pas seulement un de ces aventuriers qui, guettant dans l'ombre, s'abattent sur la victime choisie pour en tirer un impôt immédiat, mais un de ces exploiteurs qui, avant tout, cherchent à rassurer la possession d'un secret, pour exercer ensuite le chantage à longue portée.... En vérité, on s'étonnera que ces réflexions aient pu germer dans le cerveau d'un homme ainsi surpris. Mais de Belen était le sang-froid fait homme. Son organisme avait payé sa dette à l'ébranlement nerveux que produit toute surprise: l'esprit restait net et ferme. Donc, il ne bougeait pas; mieux encore: il n'avait pas répondu aux paroles de défi qui lui avaient été jetées. Il attendait. Seulement sa main droite, par un mouvement insensible, descendait vers la poche où se trouvait son pistolet. L'autre continuait:
—Eh bien! beau duc, tu ne réponds pas.... Je comprends bien qu'il soit désagréable d'être dérangé pendant qu'on se livre à de délicates opérations... mais ce n'est pas une raison pour avoir peur à ce point... Voyons! répondras-tu? Ah çà! est-ce que, par hasard, tu serais mort de frayeur?...