—A condition?...
—Eh! pardieu! crois-tu que je te donnerai mon concours gratis? Tu veux épouser la petite Favereye! que dis-je! tu en es amoureux... comme un imbécile... et pour obtenir sa main, tu donnerais ton âme... mieux que cela... cinq cent mille francs, ce qui vaut, au bas mot, cinq cent mille fois plus... je cote ton âme vingt sous... tu ne m'accuseras pas d'impolitesse... mais quant à compter sur le Silvereal, il faut que tu sois complétement fou...
—Que voulez-vous dire?
—Il faut te mettre les points sur les i, j'y consens. Oui ou non, le baron est-il amoureux de la dame de Torrès, autrement dit du Ténia?...
—C'est exact...
—Que faut-il pour qu'il arrive à donner à cette belle et honneste dame, comme dit Brantome (on sait ses classiques), la seule preuve d'amour qu'elle ambitionne?... Mais répondez donc, cher duc?...
—Je ne sais!... je ne devine pas!...
—Décidément, vos facultés sont gravement altérées... heureusement je suis là pour leur venir en aide. Le Ténia, madame de Torrès, veux-je dire, exige qu'on l'épouse.... Elle veut devenir baronne de Silvereal... histoire d'avoir un titre authentique.... Or, pour que le baron, qui est marié, puisse lui donner cette satisfaction, que faut-il?...
—Qu'il soit veuf!
—Allons donc! voilà que l'intellect vous revient. C'est heureux. Vous avez vu ce soir madame de Silvereal, c'est une créature superbe, bien en chair, d'une admirable santé, et qui ne paraît pas le moins du monde disposée à laisser la place libre à madame de Torrès...