Il s'arrêta, comme pour attendre une protestation. Mi-strangulation physique, mi-prostration morale, le duc paraissait incapable de formuler la plus légère remarque.
—Voici qui est bien entendu: M. le duc de Belen est lié par une complicité nette et sérieuse au sieur de Silvereal; l'un tient l'autre et l'autre tient l'un. M. de Belen, seul possesseur du secret indo-chinois, se croit maître de Silvereal, auquel il promet... combien? mettons un demi-million... le jour où, ayant réussi à retrouver le trésor en question, il sera devenu.... M'écoutez-vous, monsieur le duc?
De Belen avait relevé la tête, non par défi, mais par curiosité. Il était profondément surpris d'entendre un inconnu lui rapportant textuellement le programme sur lequel s'exerçaient ses plus secrètes pensées. Il oubliait que cet inconnu lui avait dit tout à l'heure avoir entendu sa conversation avec Silvereal. Il est vrai que c'était quelques minutes après le tour de vis, et qu'à ce moment les idées de M. le duc n'étaient pas absolument nettes. Bref, il s'abstint de répondre à la question du bibliomane, qui continua, sans plus s'en préoccuper:
—Quand il sera devenu l'heureux époux de mademoiselle Lucie de Favereye...
—Quoi! vous savez cela aussi? articula enfin le duc.
—Mais oui! et, par parenthèse, je me permettrai de vous dire que vous êtes un fameux niais...
—Oh! fit le duc avec un geste de profond nâvrement.
—J'ai dit niais, et je maintiens le mot.... Vous êtes le complice de M. de Silvereal.... Vous lui donnez cinquante mille francs... et, de plus, vous lui demandez de vous aider dans l'accomplissement d'une mission... qui lui soucie comme un couvert d'argent à un lézard....
Cette fois, de Belen écoutait. La fixité de ses yeux ne laissait aucun doute à cet égard.
—Cela m'étonne, ma vieille, reprit le bizarre personnage avec le ton plus que familier qui tranchait avec ses manières habituelles. Eh bien!... écoute-moi!... de ton histoire de trésor je me moque absolument... et je te laisse maître de ton affaire, maintenant que je la connais... mais, dans tes autres opérations, je puis te rendre service, à condition...