—Eh! parbleu! si j'avais voulu te tuer, est-ce que tu n'aurais pas déjà rendu ta belle âme au diable?

De Belen faisait de vains efforts pour se redresser. Germandret vint à lui, et, le saisissant par les bras, l'assit comme un enfant sur un tas de terre.

—Là, maintenant nous allons être sage, pas vrai, papa, et plus de blagues comme tout à l'heure, ou bien....

Il eut un geste significatif.

La voix calme et mesurée de l'antiquaire avait fait place à un accent rauque, brutal, presque sinistre. On peut remarquer aussi que le style choisi du bibliomane ne se retrouvait plus dans ces dernières phrases, émaillées d'argot. Quelques minutes se passèrent, et enfin une large aspiration venue de la poitrine du duc apprit à son interlocuteur que «le petit tour de vis» avait fini son effet. Germandret lui frappa familièrement sur le genou:

—Peut-on causer, papa?

—Mais qui êtes-vous donc? balbutia le duc.

—Tu m'as déjà demandé cela tout à l'heure. Pour l'instant, je te dirai franchement que ça ne te regarde pas. Du reste, contente-toi de m'écouter, et, pour manifester tes impressions, tu me feras le plaisir de te borner à une pantomime extrêmement réservée. Cela dit, je commence.

De Belen poussa un soupir résigné.

—Donc, mon bon duc, vous avez dans votre passé un tas de peccadilles.... Vous vous appelez de Belen comme je m'appelle Germandret, et vous êtes duc comme je suis marchand d'Elzéviers, c'est-à-dire pas plus l'un que l'autre.... Ne protestez pas, ça ne servirait à rien. Maintenant, outre vos anciennes affaires, vous avez sur la conscience l'assassinat que votre ami Silvereal—un bien honnête homme aussi—avait l'indélicatesse de vous rappeler tout à l'heure.