—Vous trouvez-vous donc mal ici? dit la femme d'une voix douce et empreinte de ce charme que donne la vieillesse aux bonnes femmes.
Martial sourit tristement:
—Je n'ai pas le droit de me plaindre.... On m'a sauvé... on a cru me rendre service.... Donc je vous dois, soit à vous, soit à ces chefs dont vous parlez, l'expression de ma reconnaissance.
—Je vous ferai remarquer, reprit assez vivement le Castigneau, qu'on ne vous a rien demandé, sinon de vous bien reposer, de dormir, si vous pouvez...
—Soyez sûr que dès que mes forces me le permettront, je vous épargnerai l'embarras de ma présence.
—L'embarras!... Enfin, ça ne me regarde pas. Vous partirez si vous voulez; mais en ce moment-ci, il n'est pas question de cela. D'abord, vous bavardez trop... Tenez, voilà vos yeux qui se ferment. Donnez une vigoureuse taloche à votre traversin... et bonsoir!
En effet, Martial, épuisé, s'endormait malgré lui. Le Castigneau et sa femme restèrent pendant quelque temps auprès de son lit.
—Hé! mon vieux Lamalou, dit la femme à voix basse. Il y a encore là quelque bonne action sous roche.
—Ah! si tu savais! répondit sur le même ton le vieux Pierre (car, sous le nom de Castigneau, c'était l'ancien geôlier de la Grosse-Tour), quand elle m'a dit: «Prenez ce jeune homme dans vos bras!» j'ai reçu un coup en pleine poitrine.... Dame! je crois toujours que je vais revoir le petit...
—Et tu es sûr que ce n'est pas lui?