—Moi? pas du tout...

—Cependant... je suis bien sûr...

—D'avoir tâté de l'eau froide. Ça, c'est vrai.

—Qui m'a arraché à la mort?

—Quelque terre-neuve qui passait par là. Il y a tant de chiens errants! fit le Castigneau avec un gros rire.

Martial le regarda. Il vit une face maigre, deux yeux creux, une chevelure et une barbe hérissées. Au premier coup d'œil, son hôte improvisé ne présentait pas une physionomie bien rassurante. Et cependant, dans ces yeux enfoncés, sur ce visage émacié, il y avait comme un rayonnement de bonté probe qui frappait instantanément. Martial devina qu'il n'avait point affaire à un ennemi.

—Je vous en prie, dit-il, dites-moi ce qui s'est passé.

—Mon cher monsieur, répondit le Castigneau avec une certaine dignité, quand on est soldat, on doit obéir à sa consigne.

—Que voulez-vous dire?

—Ceci: que je suis un soldat en ce sens que j'ai des chefs. On m'a dit: «Voilà un brave jeune homme qui a voulu boire un bouillon, soignez-le et rendez-nous-le en bon état.» Je vous soigne, et je ne sors pas de là. Je ne sais rien de plus. Donc, contentez-vous-en pour l'instant.