—Allons! mon pauvre Lamalou, murmura le geôlier, te voilà bien!...
Et, sortant du cachot, il ferma carrément l'énorme serrure.
III
BISCARRE ET DIOULOUFAIT
Les gorges d'Ollioules constituent en réalité une des plus admirables curiosités naturelles du midi de la France, si riche en merveilles.
Entre le petit bourg du Bausset et la ville d'Ollioules, le voyageur rencontre tout à coup de gigantesques roches qui s'élèvent à pic à une hauteur énorme. Plus de ceps chargés de raisins, plus d'oliviers, plus de verdure. La pierre âpre, noirâtre, brune, se dresse comme une muraille infranchissable. Les anfractuosités de la roche se déchiquètent en dentelures bizarres, et quand le soleil couchant rougit le ciel, on dirait une frange bordée d'or rutilant.
Par quel cataclysme cette masse colossale s'est-elle fendue dans toute sa hauteur, comme sous le choc d'une hache géante? Dans quelle convulsion géologique s'est opéré ce déchirement, qui ne laisse entre les deux murailles lisses qu'un étroit défilé, dans lequel parfois trois hommes ne pourraient passer de front?
A l'époque où se passe cette première partie de notre récit, il était rare que quelque voyageur s'aventurât de ce côté. Aussi les gorges d'Ollioules avaient-elles un renom sinistre. Plus d'un malfaiteur trouvait un refuge dans les détours inexplorés de ce val d'enfer, comme on l'appelait encore dans le pays.
Le lent travail de la nature avait creusé à travers les blocs des galeries étroites, multiples, s'entre-croisant et dont les diverses issues étaient souvent inconnues. La nuit, cette masse semblait cacher dans ses flancs tout un monde fantastique.