—J'y consens! dit Martial.

—C'est bien! fit Armand. Du reste, nous savons que dans toute âme, si probe qu'elle soit, il est des replis qui doivent être sondés avec une délicatesse infinie: la conscience a ses pudeurs! et si elles sont excessives, elles n'en sont que plus honorables.... Voulez-vous que cette lecture ait lieu en votre présence, ou préférez-vous vous retirer?

Il y eut un moment de silence. Martial se consultait. C'est que dans un cœur de vingt ans, alors que la mort est proche, les sensations traduites sur le papier ont une franchise dont le souvenir effraye.... Martial savait que, dans ce suprême effort de sa conscience, il avait mis à nu les sentiments les plus secrets de son âme... Et cependant son hésitation fut courte.

—Lisez devant moi, dit-il d'une voix ferme.

—Le courage dont vous faites preuve est de bon augure, dit Armand avec bienveillance.

Le timbre résonna encore une fois. Lamalou entra, et sur un signe de Bernaye approcha un siége.

Martial s'y laissa tomber, et sa tête se penchant sur ses mains, il se disposa à écouter le récit de sa vie comme s'il eût entendu la confession d'un autre. C'était une première étape vers le détachement de soi-même. Armand remit le manuscrit à Archibald de Thomerville.

—Lisez, lui dit-il.

Et Archibald, dépliant les feuillets, commença d'une voix émue qui s'affermit peu à peu.... La marquise de Favereye, enveloppée dans sa mante noire, pleurait silencieusement en pensant à son fils.