IX
HISTOIRE DE MARTIAL
Depuis le moment où, pour la première fois, Armand de Bernaye s'était trouvé en face de Martial, il n'avait pas cessé de l'examiner attentivement. On n'a pas oublié que lorsque le jeune homme était étendu inanimé sur le lit où Lamalou l'avait couché, de Bernaye, se penchant sur lui, n'avait pu réprimer une exclamation involontaire.
—Quelle ressemblance! s'était-il écrié.
Et, pendant qu'il procédait tout à l'heure à l'interrogatoire de Martial, il étudiait ces traits qui éveillaient en lui tout un monde de souvenirs.... Aussi, Armand, malgré son calme, écoutait-il avec une impatience presque fiévreuse le manuscrit que M. de Thomerville lisait à haute voix.
Voici ce que contenaient les papiers sur lesquels Martial, avant d'exécuter son funèbre dessein, avait tracé ses suprêmes pensées.
«Je vais mourir, avait écrit Martial. Est-ce de ma part fatigue de vivre? Est-ce regret du passé ou désespérance de l'avenir? Je le sais à peine, et au moment d'accomplir cet acte que certains appellent un crime, j'ai besoin de m'interroger moi-même et de rappeler à ma pensée les tristesses et les douleurs qui m'ont accablé et qui ont éteint en moi cette flamme de jeunesse, naguère encore si vivace en mon âme...
»Est-il donc réellement des titres que la fatalité a marqués dès le berceau d'un stigmate de malédiction?
»Dois-je accuser les hommes ou bien dois-je m'accuser moi-même? Peut-être la force m'a-t-elle manqué et suis-je coupable. Qu'on en juge.
»Mon père se nommait—ou se nomme—Pierre Martial. Je ne sais s'il vit encore ou s'il est mort.