»-Oh! ceci est, ou plutôt était un grand secret. Mon cher, il s'agit d'une femme, la plus belle, la plus forte, la plus intelligente qui jamais ait compris l'art...
»—Vous la nommez?
»—Isabelle!
»—En effet, il me semble vous avoir entendus prononcer ce nom.
»—Écoute. Tu vas tout savoir. Isabelle est la fille la plus étrange qui oncques ait paru parmi nous. D'où vient-elle? de quelque région où les corps humains sont pétris de lumière et de soleil. C'est la perfection plastique dans toute sa magnificence. Et sais-tu ceci? Tous, nous avons supplié Isabelle de nous permettre de reproduire sur la toile cet idéal de la beauté humaine... A tous elle a refusé. Et elle nous a dit: Le jour où parmi vous se lèvera un maître incontestable, incontesté, un de ces hommes marqués du sceau divin, et qui assurent à leur modèle l'immortalité de la gloire, ce jour-là, j'irai à ce maître et je lui dirai: Me voilà!
»Il est facile de comprendre quelle curiosité passionnée ces étranges paroles me mirent au cœur!
»Quelle était cette femme dont mes amis parlaient avec enthousiasme?
»—Qu'elle vienne! m'écriai-je, et si elle me trouve digne d'elle, je jure que de cette beauté je saurai faire un chef-d'œuvre immortel!
»Le lendemain, Isabelle se présentait à mon atelier.
»En vérité, nulle expression ne saurait rendre l'émotion profonde, instantanée, qui s'empara de moi, quand elle parut dans l'encadrement des tentures, avec ses longs yeux noirs ombragés de cils qui tamisaient le regard, avec ses lignes sculpturales, et cependant animées d'une vie superbe, avec cette carnation idéale sous laquelle on sentait courir le sang chaud et puissant. On lui avait fait cortége comme à une reine.