»J'ébauchais une Sarah d'après la Baigneuse d'Hugo. Un jour, un de mes courtisans s'approcha de la toile sur laquelle je me tenais courbé, et, avec lui, ses compagnons se mirent à examiner longuement mon travail. Je ne les voyais pas: je m'absorbais dans ma propre pensée. J'éprouvais un de ces rares moments de bonheur où l'âme, oubliant la terre, se laisse entraîner, comme si elle s'était détachée du corps, dans les espaces infinis de l'art...
»—Admirable! sublime! Rubens et Rembrandt! Delacroix n'est qu'un enfant! Enfoncés les Ingristes!
»A ces exclamations répétées, et qui se croisaient avec de petits cris d'admiration, je levai la tête. Ils étaient là tous debout, dans une attitude presque grotesque à force d'admiration forcée.
»—Martial, dit l'un, dès aujourd'hui tu es le maître...
»—Le roi du Salon, si toutefois ces misérables routiniers ne nient pas le soleil!
»Je rougissais, mais un indicible bonheur remplissait mon âme. Et tout en me défendant contre ce que je daignais encore appeler d'amicales exagérations, je me disais:
»—Oui, je suis grand! oui, je suis maître!...
»L'un d'eux ajouta:
»—Quand elle verra cette patte, elle consentira à tout.
»—Elle! fis-je avec surprise. De qui parlez-vous?